Le maquis polonais de Marigny

In « DE LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE A NOS JOURS par Jean Cornillon »

En 1940, le château était très proche d'une véritable frontière qui coupa la France en deux du mois de juillet 1940 au 11 novembre 1942. La zone occupée par les Allemands au Nord à un peu plus d'un kilomètre à vol d'oiseau et la zone libre au sud où il se situait. Il vit passer à ses pieds les juifs, les prisonniers évadés et les insoumis à l'occupation allemande. Roland Soufflet, qui fit un gros travail de recherche, le raconte dans un livre récent. Il est natif du château de Marigny. Il habitait l'ancienne maison du régisseur, et vécut là durant la guerre. En 2005, il nous a livré : Marigny de 1939 à 1945 tel que nous nous en souvenons.

LE MAQUIS POLONAIS EN 1944
Un maquis polonais habita le château en 1944. J'ai rencontré en 1996 Monsieur Tadeusz Stempniewicz qui faisait partie de ce maquis. Il nous raconta qu'il arriva en juillet et y resta durant l'été 1944. Cet homme avait 22 ans à l'époque. Les maquisards de Marigny arrivèrent progressivement ; ils étaient environ une centaine à la fin août. Roland Soufflet, pour sa part, sur le témoignage de Monsieur Tomkowiak nous relate qu'ils ne sont restés qu'un mois et demi à partir de la fin juillet. Ce maquis appartenait à l'Armée Secrète. Cette « armée de l'intérieur » était une émanation des alliés anglo-américains. (Le mouvement de résistance le plus puissant en France était alors les F.T.P., ces francs tireurs et partisans émanaient du Parti communiste)1. Les maquis de l'A.S. étaient mieux ravitaillés par les parachutages anglais. Ils avaient non seulement des armes plus souvent, mais aussi de l'argent que les F.T. P. essayaient de prendre avant eux, disait Monsieur Stempniewicz. Claude Raclât commandant de l'A.S. écrit à ce propos que les F.T.P. ne bénéficiaient pas de « l'or de Londres »2. Voici encore le témoignage que Monsieur Tadeusz Stempniewicz me fît en septembre 1996 et septembre 2006 : « Le bureau du chef était dans ce que nous appelons la grande salle au rez-de-chaussée avec une table en travers devant la grande cheminée du XVe siècle. Il entendit parler du capitaine Faure -dit François »'3'. Mais ce capitaine qui « était chez les Français n'est jamais venu au château ». Leur chef était l'adjoint du chef de bataillon qu'ils appelaient Topor, en réalité le sous-lieutenant Stanislas Kawa confondant le nom de leur détachement avec celui du chef et interprète polonais'4'. « Cet homme détenait l'argent et le portait toujours sur lui, certains couchaient dans les greniers du château ; d'autres dans deux fermes situées en dessous ». Leur cuisine était située sous la grande galerie. Ils buvaient tous leur « jus » le matin sous cette galerie.


« II existait une garde permanente. Deux hommes sur le terrasson en zinc, au sommet des bâtiments construits au XIXe siècle. Deux à gauche du portail, cachés dans les fourrés, certainement le chemin creux à droite de l'entrée actuelle, l'ancienne route d'accès du château, allant de Gourdon à Marigny. D'autres sentinelles étaient cachées à l'entrée de la petite route du domaine neuf au nord-est. L'ensemble du site, fermes, château et routes d'accès était gardé nuit et jour ».
Cette troupe recevait le pain de la boulangerie Jusseau au Mont-Saint-Vincent. « Le reste du ravitaillement venait de Cluny la nuit par camion. Les commerçants et paysans étaient payés avec l'argent parachuté, parfois, les marchandises étaient réquisitionnées grâce à des bons d'achat ». Les maquisards allaient dans les fermes alentour pour se procurer du lait et des oeufs ou d'autres victuailles ou bien un veau abattu par un boucher. Ils sont restés très courtois aux dires des voisins de l'époque, ce qui n'était pas le cas pour tous les maquis de la région.
« Certains fermiers apportaient le ravitaillement ». « Les camions étaient prêtés ou réquisitionnés. Ils étaient cachés au château, devant le perron au nord, sous deux gros noyers » qui ont gelé durant l'hiver 1956-57.

Tout ceci représente des témoignages oraux dont on connaît la fragilité, confus, imprécis mais irremplaçables pour constater l'afflux de ces jeunes polonais dans le maquis durant ces deux mois de juillet et août 1944.
La présence de ce maquis polonais devait être un secret de polichinelle pour les Allemands qui ne l'ont jamais attaqué. Cette troupe pouvait facilement se diluer dans les bois environnants. Une anecdote nous fut racontée par Monsieur Stempniewicz : « à la fin du mois d'août 1944, le train blindé allemand qui circulait sur les voies de la région s'arrêta en gare de Blanzy. Les canonniers auraient fait des préparatifs de tir. Le maquis aurait été averti par le téléphone entre la gare et la cabine de Marigny ? Toute la troupe s'évanouit dans les bois. Les canons restèrent silencieux ».

A quoi tient la vie des hommes et des châteaux ! Histoire réelle ou simulation d'une attaque pour maintenir la combativité des maquisards ?

« Le détachement polonais du maquis quitte le château début septembre pour participer à la libération de Blanzy puis de Montceau, ils arrivèrent le soir à la bataille de Galuzot. Ils vont ensuite s'installer dans une école de Blanzy puis de Montceau ». Le passage des Polonais au château n'a pas, semble-t-il, entraîné de gros dégâts hormis quelques balles d'armes de guerre dont j'ai retrouvé les impacts sur les mortiers intérieurs de la tour romane !

Il reste beaucoup de zones d'ombre sur cette période troublée. On ne m'a pas tout raconté et nous ne pouvons pas tout dire de ce que nous savons ! La ville de Montceau est libérée le 6 septembre 1944. « Une partie de ces maquisards, environ le tiers, s'est engagée dans une unité polonaise qui fut transportée de Marseille à Bologne. Elle aurait pris part aux combats du Monte Cassino ». Plusieurs sont morts en Italie. D'autres sont revenus dans la région comme Monsieur Stempniewicz.