In « l’occupation et la résistance en S et L  par Marie Hélène VELU et André JEANNET »

Qui sont les P.O.W.N ?

Les mines de Blanzy occupaient 6.206 Français et 2.713 étrangers presque tous Polonais. Certains avaient été naturalisés Français, mais la plupart avaient gardé leur nationalité. Ils étaient bien intégrés à la communauté montcelienne, tout en conservant certaines de leurs particularités, leurs instituteurs et leurs prêtres. Presque tous mineurs, ils s'étaient fixés dans les cités ouvrières des Gautheret, des Essarts, du Magny, du Bois-du-Verne, de la Saule, Dans la résistance polonaise du Bassin Minier (POWN et VALMY), le recrutement est fait: de mineurs, d’ouvriers, de petits artisans, de quelques instituteurs et quelques prêtres.

P.O.W.N.-MONICA
Organisation polonaise de la lutte pour l'indépendance en France, Belgique et Hollande

En janvier 1941, fut constitué en France l'organisation P.O.W.N. Monica, sous l'égide du gouvernement polonais de Londres. Le groupe formé le 14 juillet 1942 à Montceau-les-Mines, et qui lui était rattaché prit le nom de Molodeczna.
Le chef régional était Jean Kulpinski, Yanik, né en Pologne en 1897, mineur à Blanzy. Son adjoint était Antoine Goska, Tonio, né en 1914, également mineur. Leur rôle était de contrôler l'exécution des tâches des différents groupes, l'organisation des boîtes aux lettres, la transmission des messages. Kulpinski, aidé, après l'arrestation de Goska, par Stephan Osuchowski, Szymon, instituteur, s'employa, en 1944, à mettre sur pied des groupes de combattants armés.

A la fin de 1942, l'effectif atteignait soixante-treize personnes (soixante huit hommes, cinq femmes). Le groupe était divisé en sections selon les quartiers. Jean Ciborski, né en 1920, mineur, était responsable du groupe de La Landequi comptait, en août 1942, une dizaine d'hommes. Une section d'une vingtaine de membres était constituée au Bois-du-Verne. Suschinski, né en 1923, mineur, était le chef de la section des Gautherets, Wojcik responsable des groupes des Georgets et du Magny.

En 1943, des sections furent formées dans toutes les localités du Bassin Minier, au Creusot, à La Machine (Nièvre). Les ordres et directives venaient de Londres par l'intermédiaire du chef du groupe Sud-Est, à Lyon, Samborski Bogdan, Marian, avec lequel des institutrices polonaises assuraient les liaisons. La boîte aux lettres était chez Idzi Kocljda, Bartek, artisan tailleur à Montceau-les-Mines, qui avait aussi organisé un service de renseignements.
L'activité consista d'abord en distribution de tracts et journaux clandestins. Les modèles de tracts arrivaient de Lyon : ils étaient imprimés par milliers à l'école du Magny, à Montceau-les-Mines, sous la direction de l'instituteur Chelminski et de l'abbé Sobieski. Le journal Walka (Combat) était distribué mensuellement.


Dans les mines, les membres de P.O.W.N. Monica incitaient leurs camarades à ne pas partir pour l'Allemagne : de très nombreux tracts en polonais contre la relève et le S.T.O. furent distribués dans tout le Bassin Minier. Des filières d'évasion qui, d'ailleurs, fonctionnaient avant la création de P.O.W.N. Monica, existaient à Mont-Saint-Vincent et à Pouilloux, au voisinage de la ligne de démarcation; elles permirent à des centaines de personnes traquées de passer en zone sud. Beaucoup d'entre elles, civils et militaires, étaient envoyées par la soeur Vincent, de nationalité polonaise, qui travaillait à l'hospice de vieillards de Montceau-les-Mines. Des armes avaient été stockées et des groupes de maquisards s'organisaient.
A la fin de 1943, l'effectif était de trois cent seize membres; la Gestapo opéra neuf arrestations, dont celle des passeurs de Mont-Saint-Vincent, Stanislas Rychlik (mort en déportation) et ses deux fils, Stanislas et Albin. Le groupe se trouva réduit à trois cent sept membres. Au printemps 1944, en mars et février, seize personnes furent arrêtées dont Goska, chef régional adjoint, et plusieurs responsables de sections (Suschinski, Ciborski, Wocjik). Les arrestations avaient eu lieu après une réunion tenue dans les bois de La Sauleà laquelle assistaient plusieurs résistants. Y eut-il des fuites? Peut-être. La police semble avoir été bien renseignée sur certains membres du P.O. W.N. qui furent arrêtés chez eux, à Montceau-les-Mines et Saint-Vallier. Cinquante-huit hommes se dispersèrent alors dans les maquis des formations voisines. Le groupe ne comptait plus alors que deux cent trente-cinq personnes.

Jusqu'en mai 1944, la résistance polonaise pro londonienne était restée indépendante. A cette date, le colonel Zdrjewski, Daniel, chef militaire du courant de Londres et délégué du Ministère de la Défense du gouvernement émigré conclut à Lyon, avec Jacques Chaban-Delmas, délégué militaire national pour la France, un accord en vertu duquel les formations militaires polonaises devaient se joindre aux F. F.I. En juillet, les responsables du Bassin Minier reçurent l'ordre de prendre liaison avec l'état-major français des F.F.I. (Le château de Marigny est occupé à partir de cette période par le bataillon TOPOR - ndlr)

Kulpinski avait regroupé environ deux cent cinquante hommes, dont plusieurs n'avaient pas appartenu à P.O.W.N. Monica; au mois d'août, ils rejoignirent le maquis de Marizy (et prirent cantonnement au château de Marigny), sous les ordres du capitaine Mercier, Benoît (2e Bataillon du Régiment du Charollais). Le bataillon polonais reçut le nom de Bataillon Podhalanski, mais comme c'était difficile à prononcer, l'état major des F. F.I. l'appela Bataillon Topor, pseudonyme de l'adjoint du chef du Bataillon. Jean Kulpinski servit comme chef de bataillon, avec le grade de sous-lieutenant. Son adjoint fut le sous-lieutenant Stanislas Kawa, Topor.

Aux côtés de leurs camarades français, les partisans polonais participèrent à des sabotages de voies ferrées entre Montceau-les-Mines et à la bataille de Galuzot (Saint-Vallier). A Montceau-les-Mines, Gajewski, du Creusot, fut tué.

Après la Libération, le Bataillon Topor, qui comptait alors deux cent cinquante-six membres, resta quelque temps à Montceau-les-Mines : trente-six hommes furent démobilisés, deux cent vingt s'engagèrent dans l'armée polonaise qui, à côté des Alliés, combattit en Italie.

Les pertes du groupes P.O.W.N. Monica et du Bataillon Topor sont les suivantes : vingt-cinq arrêtés, dix-neuf déportés dont six moururent dans les camps, un tué à Montceau-les-Mines, cinq tués en Italie et deux grièvement blessés.