La résistance polonaise en France

Il est peut être nécessaire, pour comprendre les événements locaux, de resituer succinctement la résistance polonaise dans le contexte global de la deuxième guerre mondiale. Voici :

1939 1940 Les Polonais ont perdu une première bataille en Pologne, une deuxième en France.

Ceux qui n’étaient pas mobilisés dans l’Armée régulière polonaise en France, ou qui n’ont pas pu rejoindre l’Angleterre, ont été les piliers de la Résistance qui commençait à s’organiser dans la clandestinité… sous l’inspiration du Consul Général A.Kawalkowski (alias Justyn), en accord avec le Gouvernement polonais réfugié à Londres, aidé par un émissaire Czeslaw Bitner.

Cette Organisation a été crée le 6 septembre 1941, en collaboration avec la Résistance française. Elle avait pour mission le renseignement, le sabotage, la rédaction et la diffusion de journaux clandestins en langue polonaise, française et allemande, la recherche et la préparation de terrains de parachutage.
La capacité de parachutage consistait en 60 bases de réception dont 20 dans le midi, 41 dans les Nord et le Centre, conformément aux messages transmis par la section française de la BBC. Y ont été parachutés des officiers, sous-officiers, des armes, du matériel de liaison radio, des explosifs.
Cette Organisation clandestine sur le territoire français a pris comme nom la POWN Polska Organizacja Walki o Niepodleglosc – Organisation Polonaise de Lutte pour l’Indépendance. En 1943, l’Organisation comportait 4000 membres ayant prêté serment.

Ce n’est que lorsque dans la nuit du 22 au 23 juillet 1943 le Colonel Antoni Zdrojewski a été parachuté, qu’a commencé la véritable lutte armée militaire. Zdrojewski, chef des opérations militaires polonaises sur le sol français était en contact suivi avec le Général Koenig, commandant en Chef des FFI.
Des Compagnies polonaises se trouvaient dans le maquis des FFI.
L’Organisation très sophistiquée comportait des sections de transport et d’acheminement des hommes et du matériel parachuté vers leurs lieux de destination.
- Aux femmes et aux jeunes Scouts incombaient les missions de liaison, du renseignement, du transport de journaux clandestins, de tracts etc
- A l’actif des renseignements, un fait exceptionnel : Les unités du renseignement POWN ont transmis l’information sur 182 rampes de lancement de bombes volantes VI et V2 dont 162 ont été bombardées par l’aviation alliée.
- La section sabotage avait pour mission de détruire les lignes téléphoniques et hautes tensions de dresser des barricades sur les routes, de détruire ou déplacer les poteaux de direction.
- Leur mission consistait également à provoquer voire faciliter la désertion de l’armée allemande ou de l’Organisation Todt, d’éléments enrôlés de force de Polonais ou d’Alsaciens qui par la suite ont participé dans la libération de la France dans les rangs de la POWN ou autres cellules de la Résistance française. C’est ainsi que 15 000 de la Wehrmacht et 10 000 de l’Organisation Todt ont été soustraits à l’effectif allemand.  Le Général Eisenhower a estimé que l’action de la Résistance représentait un apport équivalent à 8 divisions militaires.

Les Unités polonaises combattaient ouvertement la Wehrmacht. Le bataillon LVOV combattit dans le Cantal et en Corrèze, le bataillon Varsovie fut engagé dans les opérations de l’Isère et des Alpes.
En juillet 1944 un mois avant la Libération de l’Isère, les élèves du Lycée polonais de Villard de Lans prirent part au combat contre les Allemands aux côtés des maquisards français sur le plateau du Vercors. Sur les 27 Polonais, pour la plupart âgés de 16 à 19 ans, 11 périrent avec 2 professeurs et le médecin de l’Ecole.

Des unités polonaises de la POWN luttèrent aux côtés des FFI dans les Départements de la Cote d’Or, du Jura, de la Saône et Loire.
Lorsque le contact fut établi entre la POWN et le CNR (Conseil national de la résistance), les groupes de combat dirigés par le Colonel Zdrojewski furent rattachés au mouvement des FFI, sur la base d’un accord conclu à Lyon le 28 Mai 1944 entre le Général Chaban Delmas, Délégué militaire du Gouvernement provisoire de la République Française et le Général Zdrojewski.

L’Organisation POWN n’était pas la seule impliquée dans la Résistance sur le territoire français.
D’autres groupes de résistance existaient à l’instar de ceux émanent du Parti Communiste Français tels que la section polonaise de la main-d’œuvre immigrée, la MOI. Elle entretenait une correspondance avec Fred (Alias Jacques Duclos).
Les membres des groupes de langue polonaise de la MOI étaient surtout d’anciens soldats des Brigades Internationales d’Espagne, de la Brigade Jaroslaw Dabrowski (environ 3000 Hommes).

L’arrivée de la POWN dans le bassin minier du Nord Pas de Calais (peut être également à Montceau les Mines), entraîna une confrontation entre les partisans du gouvernement polonais en exil à Londres et le réseau MOI du PCF.

Des Polonais s’engageaient également dans les Bataillons de la Jeunesse. Ils étaient présents de ce fait dans deux organisations qui allaient donner naissance à la puissante Organisation de résistance des Francs-Tireurs et Partisans Français (FTP) après l’agression de l’URSS par les armées d’Hitler en Juin 1941.
D’autres Unités étrangères d’obédience juive étaient actives, avec comme identité ou appellation : (Juif né en Pologne).

En 1944, on commença à former des Comités Polonais de Libération Nationale PKWN qui appuyaient la politique communiste de la Pologne, elle était opposée à la POWN sous les ordres du gouvernement polonais en exil à Londres*.
Les membres du Parti Socialiste Polonais PPS avaient donné naissance dès le début de 1941 dans les Département du Nord et Pas de Calais à deux organisations clandestines, l’Organisation S et Orzel Bialy (Aigle blanc).
Ces deux organisations avaient pour but d’informer les Polonais de France sur l’évolution de la situation militaire et propager l’idée de Résistance aux Allemands.

Les Polonais furent présents dans tous les combats pour la libération de la France. Dans les rangs de la POWN, du PKWN, des sections de la FTP-MOI, des sections de FFI des Forces armées régulières polonaises en France.

On peut donc considérer que la Résistance Polonaise en France, aux côtés des autres mouvements, a joué un rôle important dans la Libération de l’Europe.
NDLR: * En avril 1943, les Allemands annoncent qu'ils ont découvert des charniers contenant les corps de 4300 officiers polonais à Katyń. Ils font appel à la Croix-Rouge internationale pour prouver que ce sont des prisonniers de guerre massacrés par les Soviétiques. À l'inverse, des gouvernements alliés qui ne veulent pas s'aliéner l'URSS, acceptent la version soviétique, ce que réfute le gouvernement polonais en exil. Cela va entraîner un durcissement dans ses relations avec Staline. Dans ce contexte, le Premier ministre Sikorski meurt dans un accident ( ?) d'avion à Gibraltar tandis que sa fille est livrée aux Soviétiques et meurt en détention. Staline s'empresse alors de mettre sur pied le noyau d'un gouvernement polonais d'obédience communiste et de constituer une Armée populaire polonaise (Ludowe Wojsko Polskie).

Au cours des années 1943–1944, les dirigeants alliés et en particulier Churchill s'efforcent de réchauffer les relations entre Staline et les Polonais de Londres, mais ils échouent pour plusieurs raisons : d’abord, à cause du massacre de Katyń et la disparition, depuis l'invasion soviétique de 1939, d'un grand nombre de Polonais dans les prisons et camps de travail soviétiques, ensuite à cause d’un autre point de divergence majeur, la définition des frontières de l'après-guerre.