Le combat cadran contre horloge

Qui a raison du gnomon ou de l’horloge ?:
réponse de « Houdar de la Motte » par une fable de 1719

 « Un jour, la montre au cadran insultait
Demanda quelle heure il était.
- Je n’en sais rien, dit le cadran solaire
- Eh ! que fais-tu donc là, si tu n’en sais pas plus ?
- J’attends, répondit-il, que le soleil m’éclaire,
Je ne sais rien que de Phoebus,
- Attends-le donc, moi je n’en ai que faire,
Dit la montre, sans lui, je vais toujours mon train,
Tous les huit jours, un tour de main,
C’est autant qu’il n’en faut pour toute la semaine,
Je chemine sans cesse et ce n’est point en vain,
Que mon aiguille en rond se promène,
Ecoute, voilà l’heure, elle sonne à l’instant,
Une, deux, trois, quatre, il en est tout autant,
Dit-elle. Mais tandis que la montre décide,
Phoebus, de ses rayons ardents,
Chassant nuages et brouillards,
Regarde le cadran, qui fidèle à son guide,
Marque quatre heures et trois quarts.
Mon enfant, dit-il à l’horloge,
Va t’en te faire remonter,
Tu te vantes sans hésiter,
De répondre à qui t’interroge,
Mais qui t’en croit peut se mécompter,
Je te conseille de suivre mon usage,
Je parle peu mais je dis bien,
C’est le caractère du sage. »