De la rivière ... à la rigole

Sur les cartes IGN, la "rivière de Marigny" est appelée "rigole de Marigny". Confusion? Erreur?
Chacun sait qu'une rigole est creusée artificiellement par l'homme, Alors!

Voici donc la véritable histoire de la "rigole"

En 1777, la rivière intéresse …

Un jour de printemps 1777, des « Môssieurs », avec de drôles d’appareils, s’intéressent fortement à la rivière de Marigny. Ils jaugent tous les ruisseaux (à la planche), mesurent, arpentent, interrogent même le meunier, au nom du Roi. Ils expliquent aux autochtones que les relevés pourront servir au grand projet de canal, de Monsieur Gauthey, entre les deux mers.(extraits de "les singuliers avatars de la rivière de Marigny", collection: Marigny, terre de mémoire, Bernard Morin, 2013)

Ce grand canal, c’est comme une grande machine hydraulique qui va rassembler les eaux de Marigny, de Torcy et de St Julien. Elle va les conduire, selon un tracé artificiel, d’abord à Longpendu puis le long de la Bourbince et de la Dheune. Des ouvrages seront construits. On les appelle : bief de partage, écluses, tranchées, déversoirs, épanchoirs… Ils constituent les pièces de la machine.

Emiland Gauthey, Concepteur, puis Maître d’œuvre

1-      Avant projet 1777-1778 :

« je fus chargé, par délibération du 13 janvier 1778, de faire les plans, nivellements et jauges relatifs à ce projet, et d'en rendre compte aux Etats »

 Il s’agit, dans un premier temps, pour Emiland Gauthey de prouver que le tracé par Longpendu est le meilleur choix.
carte de Vandam

2- Etude in situ

1-     Les eaux alimentant le point de partage arrivent « des quatre côtés ». En d’autres termes, son bassin versant s’étend en fer à cheval dans toutes les directions et Long pendu est un réservoir central.
« L'avantage du point de partage placé à l'étang de Long-Pendu provient de la position singulière de cet étang, qui, quoique sur la chaîne de montagnes qui sépare les sources qui se rendent d'une part dans l'Océan et de l'autre dans la Méditerranée, est dans une espèce de gorge pratiquée par la nature dans cette chaîne; et parce que le sol y est considérablement plus bas que les montagnes voisines, où tous les ruisseaux prennent leurs sources. On trouve que ce point de partage est à 242 mètres au-dessous de la montagne du Mont Saint-Vincent, qui n'en est qu'à une lieue et demie, à 147 mètres au-dessous de celle de Mont-Cenis, » (in quatrième mémoire)

2-     Les ruisseaux sont abondants.
« Je trouvai de même que les rivières de Marigny, de Gourdon et la Limasse, qui sont sur la gauche de la Dheune, pourraient être amenées au point de partage »

3-     Les montagnes sont hautes et il pleut plus en montagne, donc, on récupère plus d’eau.
« … puisqu'il pleut davantage en Bourgogne qu'ailleurs. Mais on peut ajouter à cette raison, qui est commune pour toutes les parties de la chaîne de montagnes, qui traverse la Bourgogne, une autre qui est particulière à celui du Charolais: c'est que les environs de Long-Pendu sont extrêmement garnis de bois et d'étangs, qui sont encore une cause particulière de la formation de la pluie. Ayant fait des expériences pour recevoir l'eau de pluie auprès de Long-Pendu et à trois lieues au-delà, dans un pays où il y avait peu de bois et aucun étang, j'ai trouvé qu'il était tombé sensiblement une plus grande quantité d'eau au premier endroit qu'au second »

4-     L’eau est récupérée par des rigoles longues et peu inclinées. Il s’agit de tracer un fossé de récupération des eaux à flanc bas des montagnes mais au dessus des 310m du point de partage et de les conduire dans les réservoirs sans déposer et entraîner ni sable ni alluvions dans le bief de partage (d’où la pente choisie volontairement faible : les rigoles suivent les lignes de niveau).

plan gautheh écomusée

3- Présentation à Louis XVI
Cette maquette a été commandée par Emiland Gauthey en 1780
 En centrant notre attention sur le secteur de la rivière de Marigny, nous voyons apparaître en plus de la rivière dans sa vallée, une rigole qui joint les principaux étangs

maquette Louis XVI

En 1782, Emiland GAUTHEY a convaincu Louis XVI d’entreprendre le creusement du « canal du Charollais », à l’aide d’une maquette en relief sur laquelle la rivière de Marigny et sa  « rigolle » sont représentées.
Le creusement à la pelle et à la pioche de cette rigole, pour alimenter le canal depuis Paneceau jusqu’à Berthaud sur plus de 11 km, a transformé le village, le paysage, la rivière et sa vallée.
Puis, la révolution est passée, les têtes sont tombées et le roi n’a pas pu voir la rigole capter l’eau du bassin versant.

Nous non plus ! Si l’ouverture du canal au trafic se fait en 1793, entre 1867 et 1887, quatre réservoirs supplémentaires sont construits (les rigoles ne drainaient pas la quantité d’eau espérée). C’est alors qu’à peine centenaire, la rigole de Marigny a disparu, abandonnée, mais … la rivière subsiste.